Cécile Hug

L’entre jambe, laine, végétal, plume, pigment 25,5 X 15,5 cm 2014

L’entre jambe, technique mixte sur papier 20 X 30 cm 2013

L’entre jambe, technique mixte sur papier 20 X 30 cm 2013

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La sève, feuille de vigne, plâtre, encre, 2015

Née en 1975   Vit et travaille à Paris

Représentée par Papelart, galerie Paris

Il est des espaces féminins, comme des territoires, non pas à conquérir, mais à découvrir pas à pas … Tout doucement…

Heureusement…

C’est par la fente d’un pubis que j’ai pénétré, entre imaginaire et réalité, dans celui de Cécile Hug. L’attraction étant délicieuse, je me suis laissée aspirer dans ce qu’elle laissait présager de plaisir intime et savoureux, sans hésitation. Comme si soudain j’avais non pas l’occasion de (me) regarder mais de (me) vivre. D’oser peut-être me découvrir… un peu plus. Et, me faufilant dans les variations créatives que ce lieu du corps a pu inspirer à l’artiste, je me suis trouvée face au sexe non pas en position de voyeur, ni de voyeuse d’ailleurs, mais de vivante voyageuse. Place à l’hétéroclite, au composite, à l’hybride. Des éléments de nature sauvage, – végétale ou animale -, se côtoient, subtilement agencés sur le papier, pour dire l’indicible de cet endroit du nu, sa transparente fragilité. Les visions inattendues que nous en propose Cécile par l’intermédiaire de cet assemblage de matières semblent réinventer l’harmonie. Etrange et douce, la sensation de plénitude qui en émane nous renvoie au mystère sans cesse renouvelé de ce coin de l’entre deux qui attire et se retire, entre impossible à voir et désir de montrer. Ce lieu, ce territoire, n’étant pas naturellement accessible au regard féminin – il ne s’agit pas pour elle de chercher à le voir (ni d’explorer avec un regard extérieur d’où elle provient)- mais de l’éprouver par tous les sens, sous toutes ses coutures – et de le révéler, l’habiter, le peupler, le dénuder, l’habiller en fonction des émotions et des sensations qu’il lui procure. Grave et ludique à la fois tout en affirmant pudique son plaisir à créer. Il n’est pas anodin que pour accomplir son oeuvre, Cécile éprouve le besoin de s’immerger dans la nature… Elle y puise son inspiration et récolte un à un les éléments qui viendront s’ajouter au trait de son crayon, aux couleurs de ses pastels et composer en une étrange et ravissante communion chacune de ses sculptures imaginées autour de ce V délicat que dessine naturellement l’esquisse prometteuse de l’entrecuisse féminin… Cécile Hug trace par touches minuscules les contours sensibles de ce territoire, nous emmène dans son infinitude et embarque notre regard … à l’écoute de ses bruissements. Des poils – ou des éléments qui en tiennent fonction -, des brins de folle avoine, de minuscules carapaces d’insectes, des pellicules de « je ne sais quoi », des « pas riens », des « tout juste ça » … Chaque détail, participant à un désir d’harmonie farouchement défendue, trouve sa place précise. Et quand les couches se superposent c’est toujours avec la même finesse dans l’intention… Le hasard guide la matière recomposée, des métaphores nous racontent l’imperceptible, le délicat, la montée du plaisir, l’infime caresse… rien n’échappe aux sens que le goût de la vie met en éveil. C’est avec son corps entier que Cécile Hug se met à l’écoute du monde et compose, de fil en aiguille, ses hymnes à la vie … Un point en suggère un autre qui en appelle un troisième, on devine comme un procédé musical dans l’alliance des matières ou leur superposition… Nous sommes des êtres de matières subtiles, subtilement agencées… Prenons chacun naissance dans un univers particulier, tout comme chaque oeuvre de Cécile se laisse inspirer par le cadre organique, biologique, naturel, géographique dans lequel il prend vie. Posant sans cesse la question de l’origine, l’artiste par son travail rend à la nature sa dimension d’oeuvre d’art . Comme si elle voulait nous inviter à reconsidérer la vie, en son essence, avec douceur.

Virginie Megglé, septembre 2014

cecilehug.blogspot.fr 

hugcecile@yahoo.fr