MON JOURNAL INTIME AVEC LES BABAYAGAS

EPISODE 1 : Une exposition chez Les Babayagas

20/20 Artistes solidaires avec les Babayagas de Montreuil.

 

Une exposition chez Les Babayagas, c’est le premier épisode d’un projet consacré à ma rencontre avec les Babayagas. Les épisodes seront écrits à la première personne, comme dans un journal intime, dans le but de mélanger mon expérience subjective aux réflexions sur des nouvelles manières de vivre avec l’autre, notamment en communauté. Je souhaite faire connaitre, diffuser, donner envie et s’inspirer des Babayagas pour vivre autrement sa propre vieillesse. Elles sont aussi pour moi un modèle d’économie solidaire. J’ai décidé d’accompagner l’écriture de chaque épisode sera par un autre médium : photographies, dessins, interviews…Ces narrations seront le fruit d’une collaboration avec des camarades, des amis artistes qui m’accompagneront dans une recherche formelle, esthétique pour mes récits.

Samedi 26 novembre, je me suis rendue au 6 rue de la Convention à Montreuil : un espace connu sous le nom de la Maison des Babayagas. Aujourd’hui, à partir de 16h, se tient le vernissage de l’exposition « 20/20 – Artistes solidaires avec les Babayagas de Montreuil ».

C’est la deuxième édition de cette initiative : environ une trentaine d’artistes (dont certaines Babayagas) exposent leurs tableaux au format de 20cm sur 20cm et soutiennent, avec la vente de leurs œuvres, le projet de développement du jardin participatif de la Maison des Babayagas. Le prix unique est fixé à 20 euros par œuvre, 10 pour l’artiste, 10 pour les Babayagas. Tout le monde y gagne. Dans un esprit d’économie solidaire l’art devient le biais pour tisser des liens avec les autres (artistes, public, Babayagas), soutenir, sensibiliser et diffuser la création contemporaine, et trouver les moyens économiques pour autofinancer des projets. C’est comme ça que, l’année dernière, le jardin des Babayagas a vu le jour.

Je me suis imposée de ne pas trop me renseigner, ni trop lire ou voir à propos des Babayagas car je voudrais les découvrir petit à petit, je désirerais pouvoir faire confiance à mes sens, à mes sensations, à  mes idées. Bref, je souhaiterais avoir le moins d’a priori possibles pour ce premier et nouveau projet. Pour en parler, je dois remonter le temps, quand, il y a quelques années Jeremy m’a parlé de Thérèse Clerc, et d’une maison à Montreuil crée par (et pour) des femmes âgées qui ont envie de vieillir ensemble dans l’autonomie : une maison de femme autogérée. Ce projet m’a tout de suite parlé, mais il m’a fallu un peu de temps pour que je me décide à aller à leur rencontre. Pourquoi alors ? Tout d’abord car j’ai envie de connaitre ces femmes, de les découvrir par mes yeux et par les liens que je serai capable de construire (si j’en suis capable…) avec elles.

Je fais confiance aux signes que la vie me laisse sur mon chemin : je découvre qu’à cette exposition participe Jean-François, un ami artiste qui expose ses photographies et qui s’engage à illustrer ces mots avec ses clichés documentaires sur le vernissage. Puis Fréderic Morestin, connu il y a quelques années, qui suit et soutien cette initiative depuis ses débuts. Ces conjonctions ne seraient-elles que des coïncidences? Probablement, et en même temps comment ne pas se le dire et considérer que je suis sur le bon chemin ! J’ai envie de me nourrir de ces femmes et d’échanger avec elles, dans une période de la vie où je suis plus que jamais en quête de la femme que je suis.

C’est aussi une période où je me demande avec de plus en plus d’insistance comment créer de nouvelles formes de vie avec l’autre, des formes créatives plus écologiques, des formes où l’épanouissement personnel se construit (et se soutient) par le contact avec l’autre, où la vie partagée devient une alternative économique et sociale (et politique) à la solitude, à la pauvreté et à l’isolement. Les Babayagas sont-elles un exemple de cette alternative ?

Quand j’arrive à l’exposition, je me trouve dans un espace sobre et simple, mais bien aménagé. Les œuvres sont très diverses : dessins, photographies, peintures… Les sujets traités aussi. Pourtant c’est très agréable au regard, le format 20×20 apaise la vision. Les yeux parcourent les deux salles. Les murs accueillent les tableaux regroupés par zones, ils se baladent comme dans une danse sur les parois des deux pièces. J’ai l’impression que l’espace, pourtant assez froid, avec ses grosses lumières au néon, se réchauffe et s’harmonise grâce à ces créations. Le public aussi est très hétérogène : des jeunes, des enfants, des Babayagas (je retrouve Iro, Cathy et Odette…), c’est le lieu de la rencontre. Plusieurs tables recueillent des boissons et de quoi grignoter, tout semble être fait pour favoriser le lien. Puis je choisis mon œuvre : une jolie peinture abstraite, sur les tons du vert, composée de grosses et épaisses touches de matières picturales. J’ai l’impression d’y sentir la femme forte qui l’a façonnée, une Babayagas connue lors de ma première rencontre à la maison des Babayagas, il y a quelques semaines. Un petit morceau d’elle chez moi, un peu de l’énergie de cette femme dans mon intimité. Tout cela me fait penser alors au nom de Babayaga, issu du russe (ou du slave) Baba Yaga, personnage célèbre des contes russes, est parfois décrite comme sorcière, parfois comme une ogresse (Baba, signifiant « la femme du peuple » et Yaga, qui peut alors être qualifiée de brune, de vieille…).

Je profite aussi du jardin partagé, un joli petit espace vert, qui est le fruit de cette initiative. Je me dis que c’est une réussite : je le vois comme un petit cadeau que les Babayagas se sont faites, et qu’elles nous ont offert comme la conséquence tangible de cette initiative. Cette année l’argent recueilli servira à le développer et y organiser des projets culturels. Iro Bardis, l’actuelle présidente de la Maison des Babayagas (et résidente !), lors de nos échanges autour de mon projet, avait partagé avec moi ses convictions sur le pouvoir de l’art pour fédérer et faire avancer les choses vers une « transition de notre société ». Pour elle le changement, qu’il soit politique, social ou économique, devrait passer par les projets culturels : l’art devrait être partout, rentrer dans les villes, dans nos vies et les amener petit à petit vers une nouvelle prise de conscience. Je me sens en harmonie car je partage complètement cet état d’esprit. J’ai l’impression que l’art pourrait très bien remplacer la rhétorique politique, remplacer les bla bla par le faire et par la création. Iro me confie même avoir le projet d’une résidence pour artiste à l’intérieur de la Maison des Babayagas : une occasion aussi pour donner de la place aux échanges intergénérationnels (auxquels elle semble accorder un grand pouvoir – encore une autre chose qui me fais me réjouir !).

Je quitte l’exposition avec l’envie d’en savoir plus. J’essaye d’imaginer comment ce projet pourrait m’échanger (me changer ?). Les Babayagas sont pour moi un exemple à diffuser sans modération : je me demande alors si j’aurais le courage un jour de mettre en place moi-même un exemple similaire! A suivre…

EPISODE 2 : A table avec les Babayagas !

Les déjeuners et les diners partagés chez les Babayagas de Montreuil.

 

Après quelques mois de silence, je reviens à mon écriture, à confier à cette page blanche mes pensées suite aux rencontres avec les Babayagas de Montreuil.

 

Depuis le premier épisode des choses ont changées. Avant tout, il y a eu le décès de Iro, si imprévu, tellement inattendu. Je me rappelle de son énergie, lors du denier déjeuner partagé avant Noel. Ce fut une journée riche. Le repas s’inscrivait dans l’ordre du jour d’un colloque, organisé par les Babayagas, sur l’habitat participatif : On peut devenir un collectif si l’on veut. Première rencontre de travail pour la création d’un réseau européen des habitats participatifs des femmes. Un groupe de femmes (et quelques hommes pour une fois !), allemandes, polonaises et belges, se retrouvaient chez les Babayagas pour se raconter, partager leurs expériences, leurs connaissances sur l’habitat participatif. Une agréable manière d’avancer, de trouver de nouvelles solutions pour diffuser le vivre ensemble. A cette occasion j’ai découvert l’existence des plus de quarante foyers participatifs en Allemagne : un phénomène beaucoup plus diffusé dans leur territoire qu’en France ou bien en Italie. Beaucoup de quoi s’inspirer. C’est aussi ce jour que j’ai rencontré Bénédicte, une femme, amie des Babayagas, fraichement retraitée, avec un projet ambitieux et estimable : créer, avec ses propres moyens, un habitat partagé privé. Et oui, s’il l’on souhaite diffuser cette nouvelle approche à l’habitat, il faudrait compter aussi sur l’engagement des particuliers, des investissements privés des communs citoyens.

Iro animait la journée, toujours riche en énergie : j’ai fumé une cigarette avec elle avant de lui dire « à la prochaine, on se tient au courant pour après les vacances de Noel ». Quelques jours plus tard, le mardi 27 décembre 2016, Arghyro dite “Iro” Bardis s’est éteinte à 73 dans son logement de la Maison des Babayagas. Ce triste événement m’a ramenée à la réalité de la mort, une évidence pour tous, encore plus dans un contexte comme la maison des Babayagas. Leur force, leur énergie et leur vitalité nous font oublier la mort. Elle arrive parfois et nous rappelle qu’elle fait complètement partie de la vie.

J’ai eu besoin de prendre quelques mois de silence car j’ai aussi voulu d’approfondir mes rencontres et mes visites chez les Babayagas. Je souhaiterais avant tout créer une relation, des amitiés, des liens qui m’amènent vers la réflexion, vers l’enrichissement de la femme qui est en moi (Simone de Beauvoir disait que on ne nait pas femmes, on le devient !). Je pense que les Babayagas peuvent être un exemple à suivre pour beaucoup de femmes, leur engagement quotidien dans la vie collective, avec toutes les difficultés que celle-ci comporte, peut être source d’inspiration, leur force un encouragement (voire l’envie de passer à l’action) pour tant de femmes de notre monde moderne. Comment une femme peut-elle vivre de manière épanouie chaque étape de sa vie ? L’existence d’une femme ne s’arrête pas au moment où elle n’est plus désirable, attrayante. Pourtant, le monde qui nous entoure nous fait croire le contraire. Je me pose souvent cette question, et la vie des autres femmes reste toujours source de motivation, un élan de vie.

Vieillir mieux et épanouies, certainement ! Cela ne veut pas dire rester enfermée dans sa petite communauté de vingt-un femmes. Comment tisser alors les liens avec le territoire, les autres citoyens, les autres femmes, notamment avec celles d’autres pays et d’autres générations ? Si pour les Babayagas s’ouvrir à l’autre, au delà des résidentes, signifie partager et diffuser la valeur du mieux vieillir, dans cette mise en commun, il est question d’enrichissement personnel, d’un échange qui permet de rester actives, de rester encrées, connectées et partie intégrante du monde. L’isolement n’est-il pas l’une des problématiques majeure de la vieillesse ? L’épanouissement personnel, l’équilibre psychophysique ne dépendent-ils pas aussi des attaches que nous avons avec les autres, avec la société?

Chaque deuxième vendredi du mois, à 12h30, les Babayagas organisent des déjeuners partagés, qui s’alternent avec les diners partagés, prévus chaque dernier jeudi du mois à 19h30 (organisé par l’association Unisavie).

Ces repas sont ouverts à tous à condition d’apporter des mets à partager avec les commensales et que l’on soit disponible à donner un coup de main pour l’organisation du repas.

C’est à l’occasion d’un déjeuner partagé que j’ai eu, en octobre, ma première rencontre avec les Babayagas. Ces moments sont effectivement la meilleure circonstance pour croiser les résidentes.

Une grande table est alors dressée au milieu de la salle commune, tout autour l’ambiance est animée et effervescente : les plats sont placés, les couverts aussi, les chaises sont amenées. Tout autour les verres commencent à se remplir, l’envie d’échanger quelques mots avec celles qu’on ne connaît pas encore ou peu est forte. Des anecdotes se racontent, des rires timides résonnent, des nouvelles connaissances se tissent. Ces moments précédant le repas sont bien conviviaux. La table, tellement importante dans ma tradition italienne, dans ma famille sicilienne, encore une fois n’est pas seulement le lieu où l’on se restaure, il est aussi le lieu de l’échange. Si autour d’un plat nous nous satisfaisons et nous prenons du plaisir, il est aussi vrai que les repas sont révélateurs des nos habitudes, des nos coutumes et des nos valeurs culturelles. Il suffit de penser aux repas familiaux, qui nous racontent tant de choses sur nos proches (et sur nous mêmes). Chez les Babayagas aussi, nous retrouvons des petites cérémonies, comme celle de la présentation des participants. Une fois les premiers mets dégustés, chacune de nous prend la parole pour raconter un peu de soi : qui nous sommes et surtout ce qui nous a amené vers les Babayagas.

A ce moment je prends souvent conscience que les convives sont très divers : des Babayagas, les amis des Babayagas (comme moi ?!), une journaliste, des jeunes artistes qui tournent un documentaire sur les Babayagas, un responsable de la section LGBT Paris, un couple de nouveaux résidents Montreuillois en cherche des nouvelles amitiés, une femme responsable d’une association sur l’habitat partagé… à chaque fois des nouvelles rencontres, des choses à apprendre.

Lors des ces repas partagés des associations se manifestent pour se faire connaître, pour créer un lien avec les Babayagas, conscients qu’à plusieurs ont avance mieux et plus vite.

Un jour, lors d’un déjeuner partagé, j’ai eu l’opportunité de rencontrer une femme d’une communauté locale Rom. Invitée par Iro, elle a pris la parole pour se faire connaître, je crois aussi pour solliciter la compréhension, la coopération et son intégration. Elle était là pour nous raconter son être femme dans sa petite communauté, au sein de sa famille, en tant qu’habitante d’un territoire. C’était puissant voire ces femmes lointaines en âge, en langues, en origines, en traditions, être aussi proches dans l’être femme. Quelle occasion pour nous de se connecter à une réalité autrement si compliquée à atteindre, comme celle de la communauté Rom.

Le déjeuner du 10 février j’ai été marquée par la présence de deux femmes musulmanes voilées. Ce fut la première fois qu’elles participaient à l’un des ces repas, elles n’etaient au courant de presque rien du projet des Babayagas. Pourtant elles etaient là, arrivées avec un délicieux couscous maison, un cadeau pour nous. J’ai trouvé leur présence extrêmement puissante : autour d’une table avec des féministes, des femmes engagées, libres et émancipées, certaines lesbiennes ou bisexuelles (comme moi), ces femmes d’un autre monde ont fait un pas vers nous. Pendant leur présentation, elles affirmaient ne pas travailler, êtres membres d’une association qui enseigne à lire et à écrire en arabe aux femmes analphabètes, avoir plutôt une vie familiale. Le décalage est fort, et, au même temps, nous sommes réunies à la même table. J’étais charmée par leur curiosité, leur capacité d’aller vers quelques choses d’aussi distant de leur quotidien. C’est la force du partager, du vivre avec l’autre : c’était l’ouverture dans la rencontre. C’était intense : ces femmes ont pris un moment pour elles, sans enfants. Un intervalle dans leur vie de mère, dans leur vie de famille, pour croiser, aller à la rencontre d’autres femmes, comme nous, comme les Babayagas, qui, peut-être, leur donneront envie de connaître, réaliser (ou pas) d’autres manières d’être femme. Et pour nous, de dialoguer avec d’autres mondes, d’autres approches à la vie. De nous nourrir de leur générosité, de leur attachement à la famille, une forme de communauté, moins à la mode aujourd’hui, mais toujours source d’inspiration (du moins de réflexions).Ce repas a été marqué par la joie : l’une des Babayagas, l’une des ces femmes que j’estime beaucoup, celle dont le petit tableau est accroché chez moi, l’animatrice des conversations anglaises du mardi, a été élu la nouvelle Présidente des Babayagas. Félicitations Odette !

 

Troisième épisode
Le nouvel équilibre

Quand j’ai démarré mon projet d’écriture sur les Babayagas, tout d’abord, j’avais prévu un sommaire avec tous les chapitres, les thématiques à traiter. J’avais conscience que celui-ci était susceptible de changer, mais je pensais vraiment pouvoir me tenir à ce canevas de sujets à aborder. J’avais même adressé ce sommaire avec une explication des objectifs du projet à Iro, l’ancienne présidente et habitante de la maison des Babayagas, pour qu’elle le valide et me conseille.
Nous en avions discuté, entre une cigarette et l’autre ; Iro avait même commencé à me confier ses ambitions pour la Maison des Babayagas : plus d’activités artistiques, plus d’intergénérationnel, et surtout (j’avais trouvé cette idée géniale) la création d’une résidence pour artistes qui auraient vécu avec les Babayagas (j’espère vivement que cela puisse se faire un jour !).
De cette rencontre, j’avais notamment retenu un précieux conseil : « avec les Babayagas il faut prendre le temps ».  Cette phrase m’avait motivée davantage. Aujourd’hui, après plusieurs mois, j’en prends vraiment conscience et m’éloigne de mon sommaire parce que je me confronte à la réalité du vivre ensemble. D’ailleurs, je me questionne aussi puisque je me sens émotivement plus engagée par rapport au début.

Mon sommaire a complètement été englouti par l’observation de la vraie vie, par les événements de l’existence et de cette maison, et par ma propre évolution en tant que femme.
Parce que, plus je connais les Babayagas, plus j’ai envie de parler de leur vraie histoire. Dernièrement, j’ai eu l’impression que pour nous les visiteurs, il y a deux maisons des Babayagas : celle officielle, politisée et publique, la maison que tout le monde veut interviewer et observer ;  puis il y a celle des habitantes : une maison faite de vraies personnes qui ont envie tout d’abord de vivre encore et au delà de l’étiquette de femmes âgées. J’ai remarqué qu’on prend rarement le temps d’aller au delà de la première maison.
Ces derniers mois, il y a eu des changements au sein du groupe des Babayagas, ce qui me paraît tout à fait normal après la mort d’Iro (qui a eu lieu environ un an après le décès de Thérèse Clerc) et l’élection d’Odette, la nouvelle présidente. Toutefois, j’ai eu le sentiment que ces changements ont été beaucoup plus profonds, plus radicaux. Comme si certaines femmes avaient initié une petite lutte pacifique pour renouveler la vie au sein de la maison pour qu’elle soit plus en adéquation avec leurs besoins d’êtres humains et moins l’instrument d’un projet politique.

Il y a eu des disputes, des polémiques et des séparations au sein de la Maison des Babayagas et de son « entourage ». J’ai eu parfois l’impression que certaines vivent ces situations négativement, comme un présage néfaste : l’annonce de l’échec du projet de Thérèse Clerc. Moi, j’ai mis du temps pour comprendre, même si je faisais confiance aux habitantes que je côtoie. Aujourd’hui, je pense pouvoir me féliciter de ces changements, de ces ajustements (notamment relationnels) trouvés par les habitantes au sein de la maison. Il me semble que les résidentes (du moins celles qui participent activement à la vie de la maison), ont apporté un nouvel élan à la maison fait d’une vie plus à la portée de ses habitantes, plus dans l’ici et le maintenant, plus dans l’envie de mieux vivre au quotidien, dans des activités et du plaisir. Je pense par exemple au potager où Kerstin a planté de merveilleuses blettes, au ciné-club, aux invités et aux rencontres des week-ends, la sophrologie du lundi soir… Il y a eu aussi un événement important : l’ouverture du nouveau site de la Maison des Babayagas (https://www.lamaisondesbabayagas.eu). Cela, tout comme leur présence de plus en plus active sur Facebook, marque une nouvelle phase d’ouverture au monde, aux autres.
La maison des Babayagas est un concept, un projet pionnier et, en même temps, elle est faite avant tout d’êtres humains, de femmes qui ont envie d’une existence à la hauteur de leurs exigences, de leurs attentes. Parfois, derrière le projet politique et féministe (que bien évidemment je soutiens), nous négligeons les vingt et uns individus.

Je vais peut-être m’attirer des remarques négatives, mais je suis convaincue que le projet de la maison des Babayagas ne pourra être exporté ailleurs que si on apprend à respecter les oscillations, les changements et les vrais besoins des habitantes, sans toujours leur faire porter la poids d’un possible échec, de l’engagement politique à tout prix, d’une épée de Damoclès qui serait prête à tomber au moindre conflit au sein de la maison. Parfois, il me semble que nous projetons beaucoup trop nos espoirs et désirs féministes et politiques sur ces femmes. Nous oublions alors que leur quotidien, dans toutes les difficultés que le vivre ensemble comporte (qui est, il faut le dire, un vrai défi) est le vrai exemple à suivre, celui qui amènera à la construction d’autres univers proches ou non de cette maison.
La vie ne peut pas rester dans l’immobilité, dans l’immuable et qui dit mutation dit nouvelle harmonie à trouver !

Je m’intéresse depuis quelque temps aux formes de vies communautaires, et grâce aux Babayagas j’apprends que ces projets requièrent du temps pour se construire et qu’il faut être ouvert aux ajustements, à la recherche de nouveaux équilibres qui nous surprendront tout au long de l’expérience du vivre ensemble.